Question 6 : Rester de marbre ou être fou?

Question 6 : Rester de marbre ou être fou?
L'hideuse destinée m'a jetée là.
Au milieu du non-sens qui est divinité, dans la foule barbare aux yeux qui, tous morts, regardent tous les corps qui, enlacés, se meurent.
Oh! Jansénisme affreux des horreurs consenties!
On se prend à l'espoir de ne pas être libre, l'espoir fait mourir Sartre comme Nietzsche enterra Dieu.
On se prend à l'envie de comprendre l'ignoble, le laid, le mort, le Beau. De comprendre pourquoi. Ou si ça vaut la peine.
De s'écorcher le souffle.
De retourner en soi.
De mourir jeune ou non.
De continuer ça.
De sauter, de rester.
De pleurer tant pour elle.
De rire tant pour rien.
De finir un cadavre.

Comme on finira tous.
C'est exaspérant cette manière dont les visages osent, sans pudeur, interroger ta propre existence. Ton intégrité est bafouée et violée. Qu'importe, tu n'as pas d'intégrité. Ta douleur même ne t'en confère aucune. Une existence à peine. C'est toujours cela.
Se dire cela ou mourir.
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# Posté le mercredi 16 juillet 2008 06:46

Modifié le mercredi 16 juillet 2008 07:35

Digression 5 : Le verbe de la déchéance est déchoir et non "déchet"

"Tu ressembles au naufrage
Que j'ai fait autrefois
Que j'ai fait trop de fois
Que j'ai fait avec toi"


Ah la misère que c'est que de ne pas exister en dehors de ses propres décombres
Ah l'horreur que ça fait de se perdre dans ses ombres
Ah l'horreur que c'est de ne pas exister


*
*
Digression 5 : Le verbe de la déchéance est déchoir et non "déchet"

# Posté le mercredi 09 juillet 2008 14:45

Modifié le mercredi 01 octobre 2008 09:11

Expérience 5 : Vous faire part des fuites de l'âme

Expérience 5 : Vous faire part des fuites de l'âme
1
Le plâtre est une prison. Ses yeux viennent de s'ouvrir. Au-dessus de lui, l'étendue blanche et lisse couvre la totalité de son espace visuel, corporel. C'en est une insulte. Le dédain du plâtras le renvoie à sa condition d'homme. A cette pensée répond en lui un rire cynique, pincé. Douloureux. Il scrute le plafond de la chambre à coucher. L'oppression despotique qui pèse sur sa vie toute entière est là.
Il tourne la tête vers le corps étendu auprès du sien. Les vibrantes courbes de sa peau. Il ne peut s'empêcher un instinct. Il s'approche de son épaule dénudée et lui donne un baiser, sensuel. Elle est inerte. Dans le vide de son sommeil, il ausculte son propre néant.
L'Angoisse l'emporte. Non sur la raison mais sur ce qu'il n'a jamais osé. L'Angoisse l'aide à écouter les bruissements sourds de cette raison et les cris de harangue du Besoin.
Il ne peut plus. C'est cela ou mourir. Alors, il se lève.
Le silence semble la chape fragile, presque délicate, qui recouvre la scène qui se joue. Se joue de qui ?
Il entretient le silence, félin, félin apeuré. Ses gestes ne sont que frôlements. Il y a comme un mélange de candeur délicate et de piquante culpabilité.
Les minutes s'égrènent, lentes gouttes de pluie se brisant sur un trottoir gris. Ses actions, minutieuses, paraissent, par leur précision infime, avoir été mille fois répétées auparavant dans son esprit.
Il y a si longtemps qu'il y pense. Il souhaitait avec tant de force se persuader que l'eau du quotidien effacerait l'irrationnelle Envie.
Bientôt, il tient à la main, comme au c½ur, un petit sac à dos noir, râpé à la base - il a vécu, c'est ce qu'il semble – dans lequel sont empilés les décombres de sa non-vie.
Dans la discrétion de la nuit, il ouvre la porte. Un vent frais fait frémir le fait fragile de sa fuite.
Pour la première fois, bravant son insondable peur, il se sent en vie. Il prend la route.
Je n'ai pas d'enfants. C'est ce qu'il dit quand on lui demande. Nous n'avons pas encore d'enfants. C'est toujours ce que dit son épouse.



2
L'aube s'élucide à travers son regard. La nécessité de crier est irrépressible. Elle se retient, comme toujours. Ce qu'il reste de l'existence qu'elle quitte.
Elle est à côté de l'évier en faux marbre. Le bois des meubles, qui formule lui-même le mensonge de la préciosité qu'il aimerait évoquer, est terni, comme ses souvenirs.
Ce qu'elle regarde, c'est la photographie vieillie de ce fils qu'elle laisse. Elle l'a déposé chez Tendre Fati la veille. Il y sera bien.
Elle pleure un instant puis soudainement rit. Aux éclats. Elle ne sait pas pourquoi.
Elle s'empare d'un post-it, y griffonne quelques phrases. Elle colle le tout sur le portrait hilare de l'enfant.
En bandoulière, elle est chargée d'une large besace contenant ce qu'elle voulait de son vécu.
Elle sort, ferme la porte de la petite demeure, y insère une clé si petite, représentant si fort tout ce qu'elle est... Les volets, elle les a refermés tout à l'heure.
Elle marche. Elle préfère ne pas se retourner.
Dans ses pensées trotte l'assemblage étrange de ces trois mots : « Pardon et merci ».


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# Posté le dimanche 06 juillet 2008 14:18

Modifié le mercredi 16 juillet 2008 12:11

Question 5 : Et Winnie? Elle attend Godot?

Question 5 : Et Winnie? Elle attend Godot?

# Posté le mercredi 02 juillet 2008 14:00