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7
Désormais il a un but. Il ne sait toujours pas où il va.
Le but est en lui.
Le lieu est une circonstance, un appui au mieux, une épreuve peut-être. L'épreuve peut servir d'appui : naïvement il croit, candide.
Déjà c'est le soir. Les pieds, pour avoir trop appuyés le bitume dans la rage du désespoir puis dans la folie de l'espérance, sont rougis. La fatigue aujourd'hui lui vient de loin, de son passé enfoui.
Il connaît ce lieu. Il y est déjà venu, il y a encore si peu de temps. Il est si proche de son passé. Il frémit : dans son ventre, l'appel de l'inconnu. La patience s'en est déjà allée : son seul enthousiasme est de se trouver au c½ur d'un espace qu'il n'aura jamais ni méprisé, ni vu, ni contemplé. Un espace neuf pour l'homme neuf qui s'avance.
Il a faim. Une épicerie. Il entre. Les courtes allées sont emplies de nourritures aseptisées, de boissons sans goût autant que liquides. Il en perd le langage. Il choisit peu de choses – ce n'est pas cela qui l'occupe. Devenu muet, il paye, sort, mange. Il a oublié les couverts. Il fait sans, animal heureux du contact des aliments sur ses doigts maintenant sales et gras.
C'est organique et ça le tient en vie.
8
Elle est au centre du monde. Une impression aigüe, dans les tripes et le ventre. C'est un petit sentier entre deux champs, entièrement blonds. C'est une femme sur ce sentier qui se tient le bas-ventre comme une mère, regarde le monde comme un enfant, comme pour la première fois.
Ses narines s'emplissent de ce qui, autour d'elle, se meut et s'humecte. Une sauvagerie étrange avec qui elle fait corps, une animalité fantasque avec qui elle fait âme.
Elle est barbare à elle-même.
Les végétaux l'arrachent à sa griserie ordinaire. Mieux qu'une défenestration, que l'argent, qu'un accouchement... Qu'un accouchement. Elle se sent coupable, ferme les yeux, oublie. L'amour est là sans la présence. Elle fera sans.
La vie, ici, est à couper le souffle. Elle ne respire plus, se surprend à la joie ; le pincement sanglant de la nostalgie résiste, ce n'est pas un poids : une nécessité.
Son c½ur va exploser dans l'intensité du moment, du mouvement immobile, haletant. Sa chair s'arrachant de bonheur, ce sera si beau. Sa pensée l'a surprise. Elle se laisse surprendre.
Jamais crépuscule ne lui a fait ainsi approcher la pureté de la grâce. Elle danse seule. Bientôt, elle danse nue, se recouvre d'un drap, qu'elle a amené là, finit enfin. Ses yeux se lèvent.
Les étoiles entament leur litanie nocturne, observant, tout en bas, ce corps engourdi qui s'étend dans les herbages solaires.


