Expérience 7 : Vous faire part des fuites de l'âme (suite*)

Expérience 7 : Vous faire part des fuites de l'âme (suite*)
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Désormais il a un but. Il ne sait toujours pas où il va.
Le but est en lui.
Le lieu est une circonstance, un appui au mieux, une épreuve peut-être. L'épreuve peut servir d'appui : naïvement il croit, candide.
Déjà c'est le soir. Les pieds, pour avoir trop appuyés le bitume dans la rage du désespoir puis dans la folie de l'espérance, sont rougis. La fatigue aujourd'hui lui vient de loin, de son passé enfoui.
Il connaît ce lieu. Il y est déjà venu, il y a encore si peu de temps. Il est si proche de son passé. Il frémit : dans son ventre, l'appel de l'inconnu. La patience s'en est déjà allée : son seul enthousiasme est de se trouver au c½ur d'un espace qu'il n'aura jamais ni méprisé, ni vu, ni contemplé. Un espace neuf pour l'homme neuf qui s'avance.

Il a faim. Une épicerie. Il entre. Les courtes allées sont emplies de nourritures aseptisées, de boissons sans goût autant que liquides. Il en perd le langage. Il choisit peu de choses – ce n'est pas cela qui l'occupe. Devenu muet, il paye, sort, mange. Il a oublié les couverts. Il fait sans, animal heureux du contact des aliments sur ses doigts maintenant sales et gras.
C'est organique et ça le tient en vie.


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Elle est au centre du monde. Une impression aigüe, dans les tripes et le ventre. C'est un petit sentier entre deux champs, entièrement blonds. C'est une femme sur ce sentier qui se tient le bas-ventre comme une mère, regarde le monde comme un enfant, comme pour la première fois.
Ses narines s'emplissent de ce qui, autour d'elle, se meut et s'humecte. Une sauvagerie étrange avec qui elle fait corps, une animalité fantasque avec qui elle fait âme.
Elle est barbare à elle-même.
Les végétaux l'arrachent à sa griserie ordinaire. Mieux qu'une défenestration, que l'argent, qu'un accouchement... Qu'un accouchement. Elle se sent coupable, ferme les yeux, oublie. L'amour est là sans la présence. Elle fera sans.
La vie, ici, est à couper le souffle. Elle ne respire plus, se surprend à la joie ; le pincement sanglant de la nostalgie résiste, ce n'est pas un poids : une nécessité.
Son c½ur va exploser dans l'intensité du moment, du mouvement immobile, haletant. Sa chair s'arrachant de bonheur, ce sera si beau. Sa pensée l'a surprise. Elle se laisse surprendre.
Jamais crépuscule ne lui a fait ainsi approcher la pureté de la grâce. Elle danse seule. Bientôt, elle danse nue, se recouvre d'un drap, qu'elle a amené là, finit enfin. Ses yeux se lèvent.
Les étoiles entament leur litanie nocturne, observant, tout en bas, ce corps engourdi qui s'étend dans les herbages solaires.

# Posté le jeudi 24 juillet 2008 15:42

Modifié le jeudi 24 juillet 2008 15:56

Question 7 : Quelles provenances à mes Horreurs?

Question 7 : Quelles provenances à mes Horreurs?
Avant de s'aventurer dans des méandres, comprendre

Il y a toi, qui n'est plus et que je cherche à nouveau. Il n'y a (plus) personne.
Il y a l'oubli.
Il y a la mort.













Le reste se répète
sans limites.

# Posté le mardi 22 juillet 2008 05:24

Modifié le mercredi 17 septembre 2008 13:38

Digression 6 : Déguisé en pas moi

L'horreur me prend goutte à goutte...
Les échos retentissent en moi meurtris...

Je souris je fais semblant
L'alcool et les pleurs
Manque


Il paraît que le temps fera de nous
Poussière
Il paraît que ton coeur est au mien
Comme absent
Il paraît que vous m'oublierez
Tous
Je serai mort sans vous
Je suis en vie ici


Aller jusqu'au bout de la nuit...

Les fugues et les fuites
Consenties ou subies
Manque

Son sourire et les indifférences
Je souris je fais semblant

La peur est tout au loin
Enfouie sous les visages
Les sourires qui reviennent en refrains infernaux

Manque
Manque

La peur effleure ma vie
La mine et la vomit
Et j'en souffre en silence
Et le silence me souffle
Tout à coup je ne suis rien
Parce que demain tu m'oublies

Tu t'en vas
Je souris je fais semblant
Digression 6 : Déguisé en pas moi

# Posté le dimanche 20 juillet 2008 11:11

Modifié le mercredi 01 octobre 2008 09:11

Intermède 6 : Salut marin...

Le goût dans l'art et le goût dans l'amour sont choses différentes.

# Posté le vendredi 18 juillet 2008 16:08

Modifié le dimanche 20 juillet 2008 04:50

Expérience 6 : Vous faire part des fuites de l'âme (suite)

Expérience 6 : Vous faire part des fuites de l'âme (suite)
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Il n'a aucune crainte du comment. Seul le quoi l'inquiète.
Il a beaucoup d'argent. Il a tout pris. Il saura manger, dormir ; cela durera longtemps.
La nature des choses qui le heurteront, il l'ignore.
Dans son sac, outre la liasse de billets – il tiendra bien quelques mois – il n'y a presque rien. Quelques vêtements et sous-vêtements épars – ce ne sont même pas ceux qu'il aime – un flacon du parfum de sa femme, une petite pierre brillante, deux ou trois vieux livres, un carnet de croquis, un crayon – il souhaite combattre le temps en conservant ses impressions, quelque part – une boîte d'allumettes. Un couteau lugubre à la lame usée. Un ours en peluche, borgne, qu'il a déterré de son tombeau, derrière les morgues colonnes de tissus pliés, tout au fond de l'armoire.
Il n'a ni faim, ni soif, ni sommeil, ni envie de pleurer, de rire. Son pas a la régularité de l'inexorable avancée du temps contre lequel il lutte. L'aube vient de fleurir.



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Sur le post-it qui orne le cadre, elle a écrit :
« Mon doux c½ur, j'ai besoin de vivre. Dans l'espoir qu'une nuit je puisse t'embrasser de nouveau. Tendre Fati, toute mon âme te revient. Mon doux c½ur, comme je t'aime.
Pardon et merci.
Ta maman. »



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La ville le matin est un espace de renaissance. Dans la vision de chaque chose se réitère l'étonnement originel. Le monde se recrée soudain. Spectacle admirable et envoûtant auquel si peu assistent, faute de courage de vivre.
Le banc sur lequel il est assis, sur lequel sont assis des décennies entières, recouvert de mousses perplexes qui semblent séculaires mais ne sont qu'éphémères, lui permet de voir tout cela.
Les lumières dessinant un jeu de soleils et d'ombres. Le ciel, dont l'universalité de sa fraîcheur, forme un idéal laïc. Les premiers oiseaux. Les vents primitifs sur les visages qui découvrent ce nouveau monde, éternelle première fois. Les hommes indifférents au milieu du gracile instant qui reconstitue l'Eden.

Il se sent être nouveau-né. C'est son premier matin.

Comme une pensée en entraîne une autre, de même une naissance appelle à l'évocation d'une autre venue au monde. Consciente ou non.
Il est si jeune, il ne sait pas. Glauque nostalgie qui l'étreint et l'éventre. Les images invoquées malgré lui ont l'odeur de ce qui est vieux, si vieux : ce qui est mort depuis longtemps. Il y a de ces clartés qui, s'il on s'y méprenait, annonceraient un état d'innocence. Mais elles aveuglent de fausseté.
Ce qu'il sait de l'enfance est le mensonge et le poids du secret, le réconfort de la protection et l'horreur de ne pas être libre.
Le visage des parents ne réveille que des traits. Ni joie ni peine. C'est le cas pour ce qui ennuie. Il se force.
Le visage des parents reste cependant gravé sur son écran mental. Il s'y est incrusté, glue sauvage et animale, encre des liens qui ne peuvent s'effacer.
Il ne se force plus, accepte.
Le visage des parents réveille joie et peine.
Ce ne sont pas ses géniteurs – il dit cela parfois – dont il veut comprendre la Vérité : c'est lui. Sa Vérité.
Sans doute est-elle... S'en rendre compte maintenant ! Sans doute est-elle cachée, au moins une partie d'elle, dans cette privation, totale, de liberté, qu'il associe à l'enfance.
La dépossession de soi. Dans sa crudité terrible.
Il n'a jamais pu sortir de la cage infantile où l'ont jeté ses premières années.
L'homme qu'il est serait le produit d'un déterminisme dont il ne contrôle rien.

Pour cela qu'il est parti.
Se faire en dehors de cela.
Il lui faut déconstruire ce qu'il est perdre son identité ; devenir un homme neuf, exister.

C'est son premier matin.



6
Déroutantes pensées que les siennes.
L'eau brûle l'épiderme. Elle s'enflamme, c'est cela. Le fait de n'être qu'une femme. Les cris autour. Le brouhaha qui la ramène à elle, sa solitude. L'enfant. Le gouffre du sens qui s'empare du corps de la femme. Une obsession à enfanter. La douleur. La petite tasse bleue sur l'étagère de la cuisine. Le mal dans son ventre. La foule qui l'égare. L'incompréhension. La couche de l'enfant pleine de... Sa condition. L'absence de questionnement, tant de temps. Le poids sur les bras. Sur le dos.
L'envie de crier. Elle se retient. Ce qu'il reste de sa vie d'avant.
Dans tout cela, elle s'est perdue.

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# Posté le mercredi 16 juillet 2008 12:02

Modifié le mercredi 16 juillet 2008 12:13