Expérience 8 : Vous faire part des fuites de l'âme (suite**)

Expérience 8 : Vous faire part des fuites de l'âme (suite**)
1-2
3-4-5-6
7-8





























9
Il a marché encore un peu.
Un autre hameau, bien connu lui aussi. Un hôtel, dont il se fout comme de tout ce qui existe, à cet instant, au-delà de sa liberté.
Il voit flou. Il vit aveugle mais vit tellement.
Le réceptionniste ensommeillé, il ne le voit pas. La petite clé qu'on lui tend, il ne la voit pas. L'escalier de bois usé qu'il emprunte, le corridor obscur où il avance, sans crainte, la porte fade qu'il ouvre, le kitsch vieilli et insolent de la chambre, l'insipide bienveillance de la fausseté ambiante, il ne les voit pas. La prude hypocrisie du lieu, il n'en ressent rien.
Son ego a pris dans son esprit la place des sens. Il ne voit que lui, n'entend que sa voix, ne respire que son odeur de sueur suave, a sur le bout de la langue le bonheur. A quoi touche-t-il de si près. A sa Vérité peut-être, enfin.
Il ne s'en veut pas, de l'exacerbation malsaine de ce narcissisme refoulé. La force libératrice de l'Instant l'en empêche.
Il ne peut pas ne vivre que de lui, mais il remet cela à plus tard, un autre jour. Un autre jour.
Une autre nuit ? Il s'assoupit.


10
Le soleil émerge de son lit d'obscure scintillance à l'instant exact où ses yeux engourdis quittent la proximité douce des songes. Ce moment. Elle est le soleil.
Le drap a glissé. Elle est nue. Astre de chair découverte et de sang à peine rendu secret, elle se lève. Des yeux vagabonds observent cette étoile à la sauvagerie sans pudeur.
Devenue animale, elle bondit se cacher des tissus qu'elle a jetés la veille dans sa cérémonie terrestre, végétale.
Couvrant, comme elle le peut, son intime, elle s'inquiète et observe l'homme inconnu qui la fixe. Le germe d'idée devient fulgurance. Il est le propriétaire du terrain où elle s'est pâmée dans la vérité de sa nuit. Agrippant à mains pleines sa liberté nouvelle, elle s'habille - devant lui, elle découvre tout, rien alors ne lui importe moins que cela - se lève et s'élance, ayant tout pris, bien peu de choses.
Quelques pas. Elle s'arrête, se retourne. Il la regarde toujours. Dans ses yeux, elle se sent exister. Charnellement, elle retrouve l'efficience de sa vie. Elle revient vers cette carrure, presque enivrante. Elle l'embrasse.
Elle reprend son chemin, elle court.
L'homme, barbare, surpris, la suit du regard. Il n'a pas compris ce que ce spectre solaire de féminité faisait nue dans son champ.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 12 août 2008 12:49

Modifié le mardi 12 août 2008 13:45

Question 8 : Et après le néant?

Il y eut le soleil éclairant ton visage où perlent les sanglots des nuits défenestrées.
Ce fut l'espace d'un instant une fin de monde, celui d'avant.
Le néant nous guette et nous nous y jetons, pensant que c'est cela l'avenir, que c'est cela...
Un quotidien qui se répète, qui jamais ne s'efface, un présent pour toujours.


Le néant nous guettait et tu m'y a jeté. A sa rencontre.
Ses doigts ont rendu ma peau bleue à trop la serrer... ses mains froides.

Le néant s'en est allé ou est là, je ne le sais que peu...

Je me sens vide de pensée et d'espoir...
Je me mens à moi-même comme toujours; je suis en vie comme toujours.

Demain est un autre aujourd'hui. Ce doit être cela.

Et je me sens vide avec le temps, qui, vide et vain, s'échappe...

Peu importe les bras, je veux l'humanité effaçant le néant de mes souvenirs irrités sous l'angoisse.

Laconisme indifférent des pulsations troubles
Laconisme indifférent des pulsations troubles
Laconisme indifférent des pulsations troubles
Laconisme indifférent des pulsations troubles

J'ai fauté dans le sens.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 03 août 2008 08:16

Modifié le mercredi 06 août 2008 10:06

Digression 7 : Banc

Digression 7 : Banc
I

Peut-être un banc
LA VIEILLE -De toute ma vie, je n'ai jamais eu tort.
LE VIEUX - De toute ton existence ?
LA VIEILLE, après avoir réfléchi - Non, jamais.
LE VIEUX – Moi, je n'ai jamais trouvé une seule vérité.
LA VIEILLE - De toute ma vie... moi non plus, je ne crois pas. Non.
LE VIEUX - Tu n'as jamais eu ni tort ni vérité ?
LA VIEILLE - Non. Jamais.
LE VIEUX - Ce n'est pas impossible qu'il y ait une logique.
Pause
Je ne la vois pas. Mais ça n'est pas impossible.
LA VIEILLE - Je ne la vois pas plus. On ne voit rien. Jamais.
LE VIEUX - Un peu de noir.
LA VIEILLE - A peine cela, oui.
Pause
LE VIEUX - J'ai l'étrange impression que tu es triste.
LA VIEILLE - Pourquoi « étrange » ?
LE VIEUX - Tu as raison. Ca ne l'est pas. J'ai l'impression que tu es triste.
LA VIEILLE - Pourquoi « l'impression » ?
LE VIEUX - Tu es triste.
LA VIEILLE - Frôlons la vérité avec les mots. Il n'y a que cela à faire.
LE VIEUX - Il n'y a plus que cela.
LA VIEILLE - Je t'ai vu près du port l'autre jour.
LE VIEUX - Non.
LA VIEILLE - Alors ce n'était pas toi.
Pause
C'est si beau quand il ne se passe rien. Un néant si concret. Une si ferme, si tangible abstraction. La nuit semble nous arracher en permanence.
LE VIEUX - Le jour est levé depuis l'aube.
LA VIEILLE - La nuit. Tout de même la nuit.
La Vieille pose sa tête sur les genoux du Vieux.
Temps

LE VIEUX - Pour toi, là, est-ce la nuit ?
LA VIEILLE - Je crois. Si tu te tais.
LE VIEUX - Voilà la nuit.
Il se tait.
Long temps

LA VIEILLE - La nuit m'oppresse un peu. Parle.
LE VIEUX - Ce n'est pas la nuit qui t'oppresse.
LA VIEILLE - Quoi ?
LE VIEUX - La peur.
La Vieille se redresse, le regarde.
LA VIEILLE - La peur de quoi ?
Silence
Tu le sais. Dis-le-moi seulement. De quoi ai-je peur ?
LE VIEUX - Je le sais, cela est possible. Mais c'est à toi de le savoir et non à moi de te le faire savoir.
LA VIEILLE, rire amer - Tu crois encore cela ?
Il ne répond pas.
Tu crois encore que j'ai peur de mourir ? Tu m'attristes.
LE VIEUX - Mais de quoi alors ?
LA VIEILLE - De la nuit, je te l'ai dit. J'ai peur de la nuit.
Elle s'en va.


II

Peut-être un autre banc
LE VIEUX - Moi je n'ai pas peur de la nuit.
Temps
Non.
Temps
Tu sais, cela est bête, tellement, je ne peux pas te le dire, pas à toi.
Temps
De la mort. C'est de cela que j'ai peur.
Temps
LA VIEILLE - Ce n'est pas ma faute, tu es bête. Ce n'est pas ma faute.
Temps
(Rire amer) Craindre la mort sans craindre la nuit.
LE VIEUX - Mais tu l'aimes, toi, la nuit ?
LA VIEILLE - Je l'aime et j'en ai peur.
LE VIEUX - Je la hais sans la craindre.
LA VIEILLE - Etre si sot ! La nuit est pire que la mort.
LE VIEUX, s'allonge sur les genoux de la Vieille - Il y a mieux que la nuit et que la mort. Ta présence.
LA VIEILLE, posant une main sur ses cheveux - Ne dis pas de bêtises.

# Posté le lundi 28 juillet 2008 07:55

Modifié le mercredi 01 octobre 2008 09:11

Intermède 7 : Abattoir

Oui je sais je suis glauque avec mes chansons tristes
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 26 juillet 2008 13:41

Modifié le dimanche 27 juillet 2008 09:33